L'explosion des 18 ponts à Lille

La mélinite est à l'origine d'une explosion considérable qui a eu lieu à Lille pendant la première guerre mondiale. 

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Une carte postale, reproduite ci-dessus, © Collection personnelle Jacques Desbarbieux, envoyée de Mons-en-Barœul, en 1916, par un certain Johannes Reinhardt, membre de l’état major allemand, fait état de la destruction du dépôt de munitions des 18 ponts, à Lille. Nous avons pu identifier cette rue comme étant la rue de Ronchin à Lille.

Voici le commentaire de l’officier, en poste à l’état-major, allemand, dans le château Faucheur (l’actuel collège Lacordaire), à Mons-en-Barœul. Il écrit au dos de sa carte postale :

« Mons en Barœul le 11/02/16

Explosion de l’entrepôt à munitions de Lille le 11/01/16 : De très nombreux civils sont morts à cette occasion. Le matin, les corbillards passaient l’un derrière l’autre alors que nous étions à l’exercice. Pareillement, de nombreux cortèges funèbres ont été organisés le matin pour ceux qui étaient morts de maladie. Des restaurants et des magasins entiers sont interdits aux militaires allemands ». 
Johannes Reinhardt

Voir ces documents à la page 22 de la brochure éditée par l'association Eugénies à l'occasion de l'exposition au Fort de Mons-en-Barœul : Le centenaire de la guerre 1914 - 1918 à Mons-en-Barœul, écrit par Jacques Desbarbieux et Guy Selosse. Contact ici.

Le bastion des 18 ponts

Intégré aux fortifications, le bastion des 18 ponts était situé le long du Boulevard de Belfort, à proximité de l'emplacement actuel de l'hôpital Saint Vincent, dans le quartier de Moulins. Ce bastion des fortifications de la ville était composé d’un ensemble de casemates voûtées servant de poudrière. Il était fait de 18 arches (d’où son nom) en plein cintre sur 2 étages et de profonds souterrains protégés par de solides voûtes recouvertes d’un épais remblai. Le 1er corps de l'armée allemande y avait entreposé son matériel dont des munitions et des explosifs.



Le bastion des 18 ponts - Document ADN

Le 5 janvier 1916, un train de 50 wagons de mélinite arrive en gare de Fives. Les anglais, dans la nuit du 5 au 6 canonnent, la gare St Sauveur, les voies entre les gares de Fives et St Sauveur, les rues Danton, Trévise, Kléber occasionnant d'importants dégâts, sans atteindre le convoi. Les sources allemandes parlent de simples exercices de tirs de la part des anglais ! Les 500 tonnes d'explosifs sont transportées et entreposées dans le bastion. 


Cette photographie, prise 2 mois avant l'explosion, permet de se rendre compte de l'importance de ce dépôt de munitions. Elle a été faite à l'occasion de la visite du Prince Rupprecht de Bavière, commandant en chef de la sixième armée, au bastion des 18 ponts. 


Le bastion des 18 ponts © Musée des Canonniers de Lille.


Vue des arches de la poudrière, depuis l'arsenal.

Les clichés de ce bâtiment, pris durant la première guerre mondiale, sont forcément rares car il s'agit d'un ouvrage militaire qu'il était interdit de photographier. Quelques documents ont toutefois pu être retrouvés en Allemagne, ceux-ci ont été pris par des soldats allemands. © Collection privée.




Cette juxtaposition est réalisée, d'après les plans connus, à partir d'une conception en 3D et des photos retrouvées en Allemagne. © Eugénies Alain Cadet et Guy Selosse.

L'explosion


Un très rare document de 9 vues donne un aperçu de l'ampleur de l'explosion. 
Collection personnelle © Alain Cadet

Le 11 janvier 1916, en pleine nuit à 3 heures 30 du matin, Lille est secouée par une violente explosion tandis qu’une grande lueur jaune illumine le ciel. Le bastion des 18 ponts vient de sauter. 


Le bastion des 18 ponts après l'explosion, la comparaison avec la photographie précédente donne une idée de la puissance de la déflagration qui sera entendue à 160 km de là.

L’explosion a laissé un immense cratère de 150 mètres de diamètre et d’une trentaine de mètres de profondeur (photo ci-contre). Tout le quartier de Moulins est détruit. Les rues de Ronchin, Desaix, Kellermann, de Trévise, ainsi que les boulevards de la Moselle et de Belfort ont particulièrement souffert. Deux rues ont totalement disparues. 

Les vitraux de toutes les églises alentour, sur plusieurs kilomètres, ont été soufflés. Le bruit de la déflagration a été entendu jusqu’à Ostende, Bruxelles et Breda, à plus de 150 km. Les usines textiles Wallaert et Le Blan en béton armé ont servi d’écran protecteur. Malgré cela des débris sont retrouvés à Ronchin, la toiture de l'école des Arts et Métiers située Boulevard Louis XIV est en feu. Une pierre de plusieurs centaines de kilos a traversé l'atelier du sculpteur Déplechin, implanté rue de Douai (photo ci-contre)On constate des dégâts Place de la République, rue de Béthune, Boulevard de la Liberté et des Ecoles et jusqu’à Ascq, Hellemmes, Mons-en-Barœul et Roubaix. 


Photo aérienne de la zone prise par l'aviation allemande après l'explosion
Archives privées Alain Cadet ©

Voici un extrait du Bulletin de Lille :

« L'Explosion de Lille
Jusqu'où s'est entendue l'explosion du 11 janvier 1916. L'Informateur Général de Dusseldorf, dans son numéro du 22 janvier, donne les renseignements suivants : Nous lisons dans les feuilles Hollandaises, du jour qui a suivi l'explosion de Lille, que, dans la petite ville de Bréda, située en territoire hollandais, à mi-chemin entre Anvers et Amsterdam, on entendit, vers 4 heures du matin, un coup si violent, que les gens s'éveillèrent effrayés et ne purent s'expliquer la cause de la détonation. Lille est située à environ 160 kilomètres, en ligne droite, de Bréda, en Hollande ; et comme le moment de la catastrophe de Lille et celui de l'explosion entendue à Bréda, coïncident presqu'exactement, il semble établi que la population de Bréda a ressenti, effectivement, la vague d'air causée par l'ébranlement causé par l'explosion de Lille ».


Cette vue panoramique montre bien la protection apportée par les deux usines textiles Wallaert et Le Blan de construction récente en béton armé. Ainsi l'est de la ville de Lille a été relativement à l'abri de l'explosion.


Les restes éventrés des deux usines textiles détruites, la filature Wallaert et la retorderie de coton Le Blan (ici orthographiée Leblanc) constituent les seuls point de repère sur de nombreuses cartes postales éditées après l'événement. Ci-dessous la même carte de l'usine Leblan reproduite par deux éditeurs différents. De nombreux clichés furent ainsi diffusés, comme autant de témoignages recherchés par la population, au point de multiplier les séries de cartes postales.



Ci-dessous cette même usine Le Blan en 1850.






Le bilan

L’occupant déplore officiellement 30 morts, le chiffre exact était sans doute nettement plus important, mais non avoué pour des raisons de propagande. 


Les soldats allemands tués dans l'explosion.

Le bilan officiel de cette explosion fait état de 21 usines et 738 maisons détruites ou gravement endommagées. On relève 134 morts dont 104 victimes civiles, parmi lesquelles des familles entières, de 300 à 400 blessés, dont 116 grièvement. On estime le coût des dégâts en francs 1914, à 60 millions de francs. 

En termes de séquelles de guerre, cette catastrophe a eu un impact physique et psychologique énorme sur cette partie de la ville.


Les tombes des soldats allemands au cimetière de Lille-sud.


L'enterrement des soldats allemands

Du point de vue environnemental, on peut penser qu'un nuage pollué notamment par de la vapeur de mercure émanant des munitions stockées avec les explosifs (les amorces des obus étaient à cette époque toutes constituées de 1 à 2 grammes de mercure, sous forme de 2 à 4 grammes de fulminate de mercure) est retombée sur une vaste zone sous le vent de l'explosion.



De nombreux documents photographiques, certains édités en carte postale, témoignent de l'importance des destructions.









La force de la déflagration avait été telle que des vitres furent brisées à une vingtaine de kilomètres à la ronde. Cette publicité paraît, dans la foulée, dans le Bulletin de Lille, un journal autorisé de l'époque sous contrôle allemand.

Le véritable bilan

Ce bilan a été controversé pendant un siècle jusqu'à des travaux récents. Le Bulletin de Lille du 27 janvier 1916 (le seul journal autorisé à paraître durant l'Occupation) fait état de 104 décès parmi la population de Moulins. Mais, parmi les blessés qui ne sont pas loin d'un demi-millier, de nombreuses personnes vont décéder à leur tour des suites de leurs blessures. La victime collatérale la plus connue de la catastrophe des « Dix-huit-Ponts », est sans doute Jules Gosselet, professeur de l'Université des Sciences.


Il est mort d'une pneumonie en tentant de sauver sa prestigieuse collection de géologie, mise à mal par l'explosion de la verrière du bâtiment universitaire. Il est sans doute arrivé que certains habitants du quartier ont été enterrés dans les communes voisines ayant pu ainsi échapper au recensement de la Ville. Mais, aucune polémique ne s'est développée à propos des victimes civiles de la catastrophe.


En revanche, les spéculations ont été bon train, pendant presque un siècle sur le nombre de morts dans les rangs allemands. Côté français, l'opinion dominante laissait croire que l'armée allemande avait sous-estimé le nombre de victimes dans un but de propagande.


Eugène Martin-Mamy, journaliste lillois et témoin de l'évènement écrit : « Le nombre de leurs hommes ensevelis sous les décombres n'est pas exactement connu. Il ne le sera jamais. L'autorité militaire ne voudra pas atténuer notre tristesse en nous faisant savoir le nombre de ses morts. » L'abbé Demarchelier, le curé de la paroisse écrit pour sa part, le 11 janvier 1916 : « Un des vicaires de Moulins que j'ai rencontré me dit que lorsqu'il a entendu le coup, il s'est rendu sur les lieux de la catastrophe. Il est allé vers l'arsenal qui était tout en feu. En une heure, tout était calciné. Il a vu une cinquantaine de cadavres d'Allemands alignés et carbonisés ; mais il est probable qu'il y en a davantage qui ont trouvé la mort ». 


Cette vérité historique provisoire est démentie par les Archives de l'Armée bavaroise où l'on trouve une liste de 23 noms et par le carré militaire allemand du cimetière du Sud où l'on dénombre 22 tombes. A partir de quelques documents découverts récemment on peut avancer sans trop de risque d'erreur, 23 militaires décédés dans l'explosion, dont 22 ont été enterrés à Lille.



Les victimes dans le Bulletin de Lille et les archives bavaroises

 

Le maire de Lille, Charles Delesalle, a fixé le jour et l'heure des obsèques des victimes civiles au samedi 15 janvier à 11h30. Devant l'église, attendent quatre-vingt-neuf cercueils. Certaines familles ont choisi d'autre communes pour accompagner leur défunt. Il était prévu que la cérémonie se déroule à l'église Saint-Vincent-de-Paul. Celle-ci étant trop petite pour contenir l'immense foule qui avait convergé vers Moulins, c'est sur le parvis, place Déliot, que sera dite la messe. A l'issue de la procession du convoi vers le cimetière Sud, on parvient à l'endroit où avaient été creusées deux longues fosses. Les autorités allemandes étant présentes, côté français on avait décidé de ne prononcer aucun discours. Ce fut une cérémonie réduite à sa plus simple expression mais empreinte d'une grande émotion.

 

L'enterrement des soldats allemands aura lieu trois jours plus tard, le 18 janvier 1916. Le convoi démarre de l'hôpital Saint-Sauveur, le plus proche des lieux de la catastrophe où les corps des victimes ont été entreposés. Après une cérémonie militaire en l'honneur des défunts, le convoi s'ébranle en direction du même cimetière Sud où sont enterrés les victimes civiles. Il est interdit à la population de se masser le long du parcours et encore plus de photographier la cérémonie. La grande majorité des soldats ensevelis, si loin de leur patrie, appartient au 19° régiment du train bavarois, celui-là même qui gérait l'entrepôt. Tous les officiers de hauts rangs, en poste à Lille, assistent à ce dernier hommage.


Les victimes civiles


Liste par ordre alphabétique (104 noms) :


1 Victor ALBERTE

2 Marie Antoinette ANTIGNAC

3 Jean ANTIGNAC

4 Maurice François ARDIES

5 Marie Agathe Clémentine ARNOULD

6 Céline Marie Zénobie BAROUX

7 Jeanne Henriette BASSÉ

8 Jeanne Augustine BAUX épouse DUBUS

9 Elize Adélaïde BÉHAGUE

10 Sophie Augustine BOMME

11 Madeleine Eugénie BOSMAN

12 Eugénie BOUDAILLIEZ épouse ROUZÉ

13 Berthe Marie Eugénie BRICOUT

14 Madeleine Agnès Simonne BRICOUT

15 Maria CARETTE

16 Rosalie Catherine COHEN

17 Sophie Julie CORDIER

18 Eléonore Sophie DASSONNEVILLE

19 Henriette Léonie DASSONNEVILLE

20 Valentine Maria DASSONNEVILLE

21 Fernand Cajétan DASSONNEVILLE

22 Julienne Marie DE LOOSE

23 Adèle Pauline DECALONNE épouse DESPLANQUE

24 Eva DE LANGHE

25 Marthe DELCOURT

26 Gustave Emile DELCOURT

27 Marguerite Marie DELGATTE

28 Sylvie Louise Clotilde DELGATTE

29 Hélène Marguerite DÉMOULIN

30 Gustave Henri DEPIN

31 Louis François DEPIN

32 Félicie Joseph DERAMBURE

33 Zulma DEROO

34 Marie Joséphine DEROOSE

35 Irène Marie Madeleine DESPLANQUE

36 Pauline DESVOCHELLE

37 Eugénie Elise DEWEVER

38 Victor Emile DEWEVER

39 Angèle Eléonore Bienvenue DRAMAIX

40 Louis Antoine DRAMAIX

41 Emile Louis DUBUS

42 Maurice Henri Jules DUCARIN

43 Fernande Philomène DUROT épouse PECQUEUX

44 Henri DUTOIT

45 Victor FRANÇOIS

46 Victor Hippolyte FRANÇOIS

47 Louise GABILLON épouse ANTIGNAC

48 Eugénie GEIRNAERT

49 André François GEIRNAERT

50 Marie GÉNUS

51 Joséphine GERNEZ

52 Germaine HENDOUX

53 Marie Thérèse HERMANS

54 Zulmée Julie HERNECQ

55 François Jean Baptiste Joseph JUSSIANT

56 Marie Aimée KNECHT

57 Hélène Félicie KOKEL

58 Zélia LABBE épouse DEBRAS

59 Eloïse Marie LECLERCQ épouse ALBERTE

60 Joséphine Coralie LELIAERT

61 Justine Marie LEPRÊTRE

62 Eugénie Stéphanie Euphrasie LOONES

63 Louise Léonie Elise MAILLET

64 Charles Alfred MAITREPIERRE

65 Jeanne Fany Fernande MARESCAUX

66 Germaine Marie MARTIN

67 Denise MAYER

68 Madeleine MAYER

69 Arthur Emile MAYER

70 Louise MENU

71 Aimé Alexandre “Lucien” MINNE

72 Honeste Martial MOREL

73 Pierre Joseph MOREL

74 Blanche NONNON épouse MAYER

75 Hélène Flore ONOF

76 Jeanne Charlotte ONOF épouse BEELAERT

77 Maurice Arthur PECQUEUX

78 Marie Sidonie PEDE épouse DEBUY

79 Marcel René PLET

80 Marie Louise PRÉVOT épouse DUCANCHEZ

81 Emma Marie PROVOOST épouse TANGHE

82 Georgette Mariette ROCH

83 Fernand Maurice ROCH

84 Eugène Louis ROCH

85 Henri Louis ROGEAU

86 Alfred Louis ROUSSIAU

87 Blanche ROUZÉ

88 Jean Victor ROUZÉ

89 Victor Augustin ROUZÉ

90 Maria Catherine SCHIETECATTE épouse PECQUEUX

91 Marie Constantine STIENNE épouse LARUE

92 Ernestine Irma TANGHE

93 Florine Louise TANGHE

94 Ernest Louis TANGHE

95 Adélaïde Adolphine VAN CALSTER

96 Zélina Constance VAN DEN BOSSCHE veuve DELGATTE

97 Céline Anaïse VANDAELE épouse BAZIN

98 Hippolyte Charles VANDERLINDEN

99 Cécile Emilienne VERDIÈRE

100 Germaine Clémence VERKERKE épouse DE WILDE

101 Emile VERHEEKE

102 Victorine Marie VERMARCKE épouse ROUHART

103 Camille VERMINCK

104 Paul Edouard VIGREUX


Liste détaillée, par familles (104 noms) :  


Victor ALBERTE (1), 51 ans et sa femme Eloïse Marie LECLERCQ (59), 50 ans

Jean ANTIGNAC (3), 53 ans, armurier et concierge à l’Arsenal, et sa femme Louise GABILLON (47), 48 ans

Marie Antoinette ANTIGNAC (2) leur fille, 26 ans, ménagère

Maurice François ARDIES (4), 11 ans

Marie Agathe Clémentine ARNOULD (5) épouse ROTH, 49 ans

Céline Marie Zénobie BAROUX (6), 48 ans

Jeanne Henriette BASSÉ (7), 14 ans

Jeanne Augustine BAUX épouse DUBUS (8), 36 ans, étireuse, cabaretière

son fils Emile Louis DUBUS (41), 13 ans

Elize Adélaïde BÉHAGUE veuve MENU (9), 76 ans

sa fille Louise MENU (70), 43 ans, avec son mari Victor Emile DEWEVER (38), 48 ans, machiniste

leur fille Eugénie Elise DEWEVER (37), 22 ans

Sophie Augustine BOMME (10), 19 ans, rattacheuse

Madeleine Eugénie BOSMAN (11), 11 ans

Maria CARETTE (15), 24 ans

Sophie Julie CORDIER (17), 48 ans, dévideuse

Fernand Cajétan DASSONNEVILLE (21), 53 ans, serrurier et sa femme Justine Marie LEPRÊTRE (61), 48 ans

leurs filles Eléonore Sophie DASSONNEVILLE (18), 8 ans, Henriette Léonie DASSONNEVILLE (19), 10 ans et Valentine Maria DASSONNEVILLE (20), 16 ans, ménagère

Julienne Marie DE LOOSE (22), 36 ans, couturière

Adèle Pauline DECALONNE épouse DESPLANQUE (23), 24 ans, lingère

sa fille Irène Marie Madeleine DESPLANQUE (35), 12 mois

Marthe DELCOURT (25), 17 ans, assembleuse

Gustave Emile DELCOURT (26), 41 ans, employé et sa femme Eva DE LANGHE (24), 34 ans, ménagère

Hélène Marguerite DÉMOULIN (29), 16 mois

Louis François DEPIN (31), 43 ans, journalier et sa femme Marie GÉNUS (50), 45 ans

leur fils Gustave Henri DEPIN (30), 3 ans

Félicie Joseph DERAMBURE veuve CATEZ (32), 80 ans

Zulma DEROO (33), 33 ans

Marie Joséphine DEROOSE (34), 31 ans

Pauline DESVOCHELLE (36), 44 ans

Louis Antoine DRAMAIX (40), 70 ans, emballeur

et sa fille Angèle Eléonore Bienvenue DRAMAIX (39), 42 ans

Maurice Henri Jules DUCARIN (42), 15 ans

Fernande Philomène DUROT épouse PECQUEUX (43), 27 ans, étaleuse

Henri DUTOIT (44), veuf PARIS, 64 ans, ferblantier

Victor FRANÇOIS (45), 60 ans, employé de l’octroi et sa femme Rosalie Catherine COHEN (16), 59 ans, dévideuse de coton

leur petit-fils Victor Hippolyte FRANÇOIS (46), 10 ans

Eugénie GEIRNAERT (48), 20 ans, ménagère

son neveu André François GEIRNAERT (49), 2 ans

Joséphine GERNEZ épouse DELVIGNE (51), 44 ans

Germaine HENDOUX (52), 11 ans

Marie Thérèse HERMANS, veuve BOEDRIE (53), 82 ans, couturière

Zulmée Julie HERNECQ, épouse DUFRESNOY (54), 62 ans, couturière

François Jean Baptiste Joseph JUSSIANT époux COSQUER (55), 67 ans, tailleur d’habits

son petit-fils Ernest Camille VERMYNCK (102), 15 ans, dessinateur

Marie Aimée KNECHT épouse ONOF (56), 64 ans, continueuse au coton

ses filles Hélène Flore ONOF (75), 36 ans, et Jeanne Charlotte ONOF épouse BEELAERT (76), 38 ans, couturière

Zélia LABBÉ épouse DEBRAS (58), 61 ans, couseuse

Joséphine Coralie LELIAERT épouse COGET (60), 56 ans, tailleuse

Eugénie Stéphanie Euphrasie LOONES épouse BRICOUT (62), 49 ans, ménagère

ses filles Madeleine Agnès Simonne BRICOURT (14), 10 ans et Berthe Marie Eugénie BRICOURT (13), 12 ans

Louise Léonie Elise MAILLET épouse DAUSSY (63), 24 ans, varouleuse

Charles Alfred MAITREPIERRE (64), 3 ans

Jeanne Fany Fernande MARESCAUX (65), 18 ans, couturière

Germaine Marie MARTIN (66), 24 ans, ménagère

Lucien MINNE (71), 43 ans, camionneur et sa femme Hélène Félicie KOKEL (57), 43 ans

Honeste Martial MOREL (72), 58 ans, voyageur de commerce

Pierre Joseph MOREL époux VILLETTE (73), 73 ans, veilleur de nuit

Blanche NONNON épouse MAYER (74), 23 ans

ses enfants Denise MAYER (67), 14 ans, Madeleine MAYER (68), 9 ans et Arthur Emile MAYER (69), 7 ans

Marie Sidonie PEDE épouse DEBUY (78), 70 ans, étirageuse

Marcel René PLET (79), 2 ans

Marie Louise PRÉVOT épouse DUCANCHEZ (80), 39 ans

Eugène Louis ROCH (84), 54 ans, papetier et sa femme Adélaïde Adolphine VAN CALSTER (95), 54 ans

leurs enfants Georgette Mariette ROCH (82), 16 ans et Fernand Maurice ROCH (83), 13 ans

Henri Louis ROGEAU (85), 32 ans, cordonnier

Alfred Louis ROUSSIAU époux TOURNANT (86), 69 ans

Victor Augustin ROUZÉ (89), 64 ans, emballeur de chicorée et sa femme Eugénie BOUDAILLIEZ (12), 49 ans

leurs enfants Jean Victor ROUZE (88), 19 ans et Blanche (87), 13 ans

Maria Catherine SCHIETECATTE épouse PECQUEUX (90), 49 ans, pelotonneuse

son fils Maurice Arthur PECQUEUX (77), 15 ans, tourneur en fer

Marie Constantine STIENNE épouse LARUE (91), 43 ans, mécanicienne

Ernest Louis TANGHE (94), 52 ans, tailleur d’habits et sa femme Emma Marie PROVOOST (81), 52 ans

et ses filles Ernestine Irma TANGHE (92), 15 ans et Florine Louise TANGHE (93), 13 ans

Zélina Constance VAN DEN BOSSCHE, veuve DELGATTE (96), 72 ans

ses filles Marguerite Marie DELGATTE (27), 28 ans et Sylvie Louise Clotilde DELGATTE (28), 36 ans, ménagères

Céline Anaïse VANDAELE épouse BAZIN (97), 23 ans, dévideuse

Hippolyte Charles VANDERLINDEN (98), 15 ans, journalier

Cécile Emilienne VERDIÈRE (99), 19 ans, dévideuse

Germaine Clémence VERKERKE épouse DE WILDE (100), 25 ans, fileuse

Emile VERHEEKE (101), 5 ans

Victorine Marie VERMARCKE épouse ROUHART (102), 39 ans, canetière

Camille VERMINCK (103)

Paul Edouard VIGREUX (104), 3 ans


Un témoignage


" Ma mère, née en 1911, dormait au premier étage dans une courée. Elle a été retrouvée 48h plus tard sous les décombres, protégée par son matelas. Elle a été traumatisée pour le reste de sa vie ". Roland Lhomme le 28 décembre 2020



Des mesures de protection immédiate


Les secours vont mobiliser jusqu'à 4 000 personnes (photo ci-contre). La population est avertie du danger qu'elle court à toucher aux pièces de munitions qui sont dispersées. Les communications concernant des membres de famille ou parents disparus, doivent être adressées immédiatement à la mairie.

De nombreux civils s’étaient mobilisés pour aider pompiers et militaires, donnant naissance au mouvement secouriste français. Ces secouristes se sont retrouvés en 1966 pour les 50 ans du drame.

La municipalité a reçu des ordres de protéger, la propriété privée dans la partie détruite de la ville et d'y exercer la surveillance pour éviter les vols dans les habitations éventrées, comme on pouvait le constater après les bombardements de l'artillerie. (photo ci-contre)


Sur ce document issu des Archives Départementales du Nord, on remarque la foule tenue à distance qui assiste au déblaiement des maisons. On se situe au niveau du Bd de Belfort. Parmi les militaires allemands on distingue un personnage avec un brassard blanc. Quelques spectateurs portent des pelles, il s'agit donc de volontaires qui attendent de pouvoir intervenir. Tous les moyens ont été rassemblés de la charrette à la brouette pour emporter les objets récupérés qui sont emballés dans des draps.


Ci-dessus et ci-dessous, le photographe s'est placé sur le talus même du rempart, afin de bénéficier d'un point haut.


Les causes de cette catastrophe 

Un siècle après cette explosion, les causes ne sont pas toujours pas connues précisément. On a parlé d’un attentat, sans preuve, d’une bombe lancée par un avion anglais, mais personne n’a entendu le bruit d’un moteur. Plus vraisemblablement, il doit s’agir d’une détonation spontanée d’explosifs de mauvaise qualité et instables. Toutefois une autre hypothèse évoque un obus de l'artillerie à longue portée britannique qui visaient les 500 tonnes de mélinite arrivées quelques jours plus tôt. L'origine criminelle fut bien sûr la thèse allemande, qui ne pouvait accepter en public une cause accidentelle.

L'hypothèse du sabotage

En faveur de cette théorie, il faut signaler que très vite, l'autorité occupante allemande, via le Gouverneur de Lille annonce une prime à qui dénoncerait un responsable. Soupçonnant que la cause est due à un acte délictueux, une récompense d'un montant de 1 000 marks est promise à celui qui pourrait fournir des indications précises sur le ou les coupables afin qu'on puisse les arrêter et condamner. Il pourrait s'agir d'une manœuvre de diversion pour qu'on n'imagine pas une erreur de la part de l'occupant. On est en effet surpris par l'attitude de l'armée d'occupation qui au départ ne semblait pas vouloir donner une grande importance à l'accident, mais qui finalement ne peut cacher aux lillois l'ampleur des destructions, ni le nombre important de victimes civiles.


De nombreuses cartes postales seront éditées par les allemands, ce qui cadre mal avec l'hypothèse d'un sabotage qui bien entendu n'aurait pas bénéficié de la même publicité.

Un autre sujet d'étonnement est l'absence de mesure de rétorsion, avec par exemple des arrestations d'otages. Mais la population suffisamment éprouvée aurait mal acceptée cette épreuve supplémentaire, et le général von Grävenitz, commandant de la place y a sans doute pensé.

La théorie d'une destruction dirigée

En 1916, l'aviation à usage militaire est plus que confidentielle. Son utilisation ne sert pratiquement que pour du repérage. Regardez les affiches de la mobilisation en 1914, elles ne concernent que les armées de terre et de mer, l'armée de l'air n'existe pas. Un bombardement à partir d'un avion est plus qu'improbable compte tenu des possibilités techniques de l'époque. C'est seulement à partir de 1917 qu'on assiste aux premiers lâchers de bombes depuis un plus lourd que l'air, et encore de façon assez artisanale. De plus un bombardement de nuit ne peut même pas s'envisager.

C'est différent si l'on envisage des tirs d'artillerie depuis les lignes anglaises. Nous l'avons évoqué plus haut, six jours avant l'explosion, des tirs d'artillerie ont eu lieu vers la gare Saint-Sauveur, pour tenter de détruire un train de munitions destiné au dépôt des 18 ponts. Les obus sont tombés dans la gare, rue de Cambrai et rue Danton. À la suite de cette canonnade, le train a été rapidement dirigé vers la poudrière. Comme les allemands avaient minimisé les possibilités de l'artillerie anglaise lors de la récente canonnade du 5 janvier, ils leur été difficile de se déjuger.


Ces bâtiments qui étaient situés à côté de la gare Saint Sauveur ont eux aussi souffert. Dans ces hangars ce n'étaient pas des munitions qui y étaient entreposées . Ce rare document pourrait montrer les conséquences du tir d'artillerie du 5 janvier. L'aspect des structures ébranlées est plutôt ici en faveur d'un effondrement, voire d'une implosion. Peut-on imaginer la destruction comme une conséquence secondaire de l'explosion survenue au niveau des 18 arches du bastion, compte tenu de la distance ? Comme aucun matériel ferroviaire (train, wagons, rails) n'est touché, il s'agirait d'un convoi en déplacement dans cette zone. Le photographe aurait immortalisé cette scène, vers le 11 janvier, bien qu'elle n'ait aucun rapport avec l'explosion dite des 18 ponts. Ceci n'étant bien entendu qu'une hypothèse.

Le plus probable reste la cause accidentelle

De nombreuses explosions ont eu lieu dans les poudrières allemandes fin 1915 et en 1916, en raison de l'instabilité de la mélinite utilisée, d'après une note confidentielle de l'armée allemande. 

Block out des Allemands quant au nombre de soldats tués ; officiellement, une trentaine. Certains historiens mettent aujourd'hui en parallèle ce fait divers avec l'explosion de l'usine AZF de Toulouse, détruite le 21 septembre 2001 par l'explosion d'un stock de nitrate d'ammonium, ce qui entraîna la mort de 31 personnes.

Ce que l'on sait, c'est que les allemands mettaient leur caisses de mélinite sous l'eau, en raison du risque explosif mal maîtrisé. Ce n'était pas le cas au bastion des 18 ponts. Ils ne le feront qu'après l'explosion du 11 janvier 1916. Certains habitants du quartier s'étaient d'ailleurs inquiétés, à juste titre, de l'existence de ce dépôt à proximité d'une zone très peuplée.

Un effet de souffle

Les destructions sont inégales et évoquent plus un effet de souffle qu'un bombardement venu d'en haut.
Les tuiles des toitures sont envolées ainsi que les menuiseries brisées ou arrachées. Les structures métalliques sont tordues comme fétus de pailles.

Il est étonnant de constater que les premières façades, juste devant le boulevard, ont parfois mieux résisté que des bâtiments à l'arrière plan. L'onde de choc s'est propagé un peu en hauteur au début sans doute et s'est déroulée au sol ensuite, et pour les premières maisons, un peu désaxées et étant protégées par le talus du bastion voisin, leurs façade ont été un peu épargnées et sont restées presque intactes ce qui n'est pas le cas des bâtiments plus lointains.

La voie ferrée double est intéressante. Ce chemin de fer de ceinture desservait l'ensemble de la fortification en empruntant la " rue militaire* " terme technique pour désigner à l'époque des fortifications cette voie qui longeait les remparts et ceinturait la ville, même si des noms de rues étaient déjà attribués (boulevard de Belfort, d'Alsace etc.). On remarque que de cette voie ferrée, un embranchement s'en écarte, il se dirigeait vers l'intérieur du bastion pour desservir en matériel, magasins et poudrières. On retrouve cette voie pénétrante sur les rares photos du site explosé et des cratères.

*  Si le terme de " rue militaire " s'applique pour les fortifications urbaines, on retrouve par analogie celui de " rue du rempart " dans les fortifications telles que les Forts, Batteries et autres ouvrages isolés et qui désigne pareillement le cheminement desservant les différentes plateformes de tir.


Certaines images sont malheureusement semblables à toutes celles qu'on l'on retrouve après des cataclysmes, mais ici cette tempête a été provoquée par l'homme. Rien n'a résisté. Dans ce champ de détritus et de souvenirs personnels, d'où émergent des arbres fantomatiques, on remarque quelques wagonnets des usines textile. Cette photographie, éditée en carte postale par une galerie d'art de Cologne en Rhénanie, apporte des arguments en faveur d'une explosion avec effet de souffle.

Deux pièces essentielles

Dénichées en Autriche par Alain Cadet, en mai 2016, deux photographies, reproduites ci-dessous ©, apportent des précisions grâce à leurs légendes au dos. Sur l'une et l'autre, il est noté, en écriture gothique allemande, que les dégâts sont dus aux troupes allemandes. Cela exclut donc définitivement l'hypothèse de tout sabotage ou la théorie d'un bombardement anglais à l'origine de ces destructions.


Au dos la légende : " Usines détruites par les troupes allemandes ".

Ce document est pris du haut du rempart à un endroit peu utilisé par les autres photographes qui se positionnaient soit au niveau du bastion en regardant l'arsenal, soit porte de Valenciennes à la hauteur de la rue de Trévise. Ici, on est légèrement à gauche de la porte de Valenciennes. On peut se repérer avec l'usine Wallaert à droite et l'arsenal en face. A gauche, des soldats en armes et casques à pointe limitent la zone et barrent l'accès à tout promeneur éventuel. On distingue nettement les voies du chemin de fer de ceinture. Au milieu des voies, un officier semble prendre une photo des lieux tandis que tous les personnages qu'ils soient militaires ou civils (2 femmes), se tiennent bien loin en retrait hors du cadre. Nous sommes aussi à l'angle d'une rue, car le pignon effondré de la première maison porte une plaque sans doute " Boulevard de Belfort ". Il est probable que le no man's land à l'arrière plan corresponde au terrain des magasins militaires dévastés devant le bastion. Il y a encore une présence militaire, plusieurs jours après l'explosion. On sait que 4 500 pionniers avaient été mobilisés.


Au dos la légende : " Gare détruite par les troupes allemandes ".

Il s'agit en fait de la chaufferie d'une usine, une de celles que l'on sait détruites dans ce quartier. Le massif circulaire à gauche est en fait la base de la cheminée. Ce qu'on aperçoit à sa droite dans le bâtiment effondré n'est pas un train ou des wagons mais ce sont les chaudières. Il y en a huit côte à côte, dont les portes des foyers sont béantes.

Nous avons vu cette disposition dans d'autres usines textiles (comme Cavrois-Mahieu à Roubaix) où les foyers sont en enfilade dans un bâtiment et la cheminée recueillant les fumées se trouve en toute logique en bout de chaîne. 

A gauche devant un wagon, c'est l'extrémité du tapis roulant chargé de récupérer les scories (cendre, résidus) à la base des foyers et de les déverser dans le wagon qui les évacuera.  Nous sommes dans la zone d'approvisionnement en combustible pour l'usine et d'évacuation des déchets.

Les obsèques des victimes

Les obsèques des victimes ont eu lieu le samedi 15 janvier 1916, à 10 heures 30 du matin, aux frais de la ville.


Sur la place Déliot, en face de l'église Saint-Vincent-de-Paul, dont la façade était complètement tendue de noir, étaient placées 12 plateformes, sur lesquelles étaient rangés 89 cercueils. Aux angles de chacune d'elles, se tenait un pompier. Quelques victimes, réclamées par leurs familles, pour des funérailles individuelles, avaient déjà été inhumées.

Monseigneur 
Charost, évêque de Lille, entouré du chapitre de sa cathédrale, et du clergé de toutes les paroisses de Lille, a, du haut du perron de l'église, chanté les prières des morts, auxquelles les chœurs paroissiaux ont répondu, et a parcouru la place, pour donner l'absoute.



Puis le funèbre cortège s'est mis en marche, et la foule attristée a vu passer, avec une émotion qui allait jusqu'aux larmes, le lugubre défilé des chars funèbres, conduisant à leur dernière demeure, ces personnes, hier pleines de vie, ces voisins qui s'en allaient, côte à côte, ces familles dont tous les membres avaient disparu ensemble, au cimetière du Sud, pour y dormir un éternel sommeil.

Des séquelles

En termes de séquelles de guerre, cette catastrophe a eu un impact physique et psychologique énorme sur cette partie de la ville.

Du point de vue environnemental, on peut penser qu'un nuage pollué notamment par de la vapeur de mercure émanant des munitions stockées avec les explosifs (les amorces des obus étaient à cette époque toutes constituées de 1 à 2 grammes de mercure, sous forme de 2 à 4 grammes de fulminate de mercure) est retombée sur une vaste zone sous le vent de l'explosion.

Hommages aux victimes

Un monument commémoratif à la mémoire des victimes fut inauguré le 13 octobre 1929. Il est l’œuvre du sculpteur Edgar Boutry et de l'architecte Jacques Alleman. Il est situé rue de Maubeuge, à l'angle des rues de Valenciennes et de Douai.

Il se dit que le sculpteur lillois aurait utilisé pour le monument érigé à la mémoire des victimes un morceau de pierre propulsé par l'explosion dans le jardin d'Hippolyte Lefebvre.

Au cimetière du Sud, un autre hommage dans la plus grande simplicité est rendu aux victimes civiles par des dizaines de croix blanches sur un sol engazonné.


Ci-dessus le monument reproduit sur une carte postale des éditions La Cigogne en 1967, et ci-dessous une photo actuelle au milieu de clichés d'époque.


Des précisions techniques 
           
                                                                                                                                                    
Il est intéressant d'étudier plus en détail la carte qui délimite le périmètre des destructions. Par rapport à l'épicentre, la zone atteinte se situe principalement vers le nord.


La reconstruction

On va reconstruire les usines géantes de l'industrie textile et les courées ouvrières. Néanmoins, les cours sont élargies, les maisons s'agrandissent d'un étage et sont raccordées aux réseaux urbains.

Question à Jean-Pierre Van Godtsenhove, président du Groupe Mémoire de Lille-Moulins.

Cette explosion a-t-elle complètement remodelé le quartier au point de le structurer encore aujourd'hui ?

« Deux rues ont complètement disparu et la rue de Ronchin a été rallongée vers la rue de Cambrai (aujourd'hui Jean-Jaurès). Après la fin du conflit, on a reconstruit des usines entourant le lieu de l'explosion, leurs imposantes masses ayant fait écran et protégé la ville. Les techniques et implantations du XXe siècle ont remplacé celles de la fin XIXe (Wallaert, Le Blan, Crepelle). Pour les deux premières, ces bâtiments ont été réhabilités et hébergent aujourd'hui des activités tertiaires. Le démantèlement des fortifications a été un élément plus important pour la structuration du quartier. »

Des manifestations programmées en 2016, un siècle après

Le Groupe Mémoire de Lille-Moulins, prépare pour les Journées européennes du patrimoine de 2016, une exposition sur le thème des 18 ponts. 

- Avant l'explosion : les fortifications, la poudrière. 
- L'explosion : les dégâts, les victimes, les secours, les causes, la solidarité des Lillois. 
- Après l'explosion : le champ de manœuvre, le terrain d'aviation, la reconstruction, les monuments commémoratifs. Enfin, le souvenir de la tragédie.

Groupe Mémoire de Lille-Moulins, 12, rue Henri-Dillies, 59790 Ronchin. Lieu de réunion : médiathèque de Lille-Moulins, 8, allée de la Filature, 59000 Lille.

De très nombreux documents

Voir les clichés du musée des canonniers



Carte photo avec des sentinelles allemandes © Archives privées

L'abondance des illustrations retrouvées, y compris de nombreuses cartes photos, est un argument de plus en faveur de l'origine accidentelle de cette explosion. En effet s'il s'était agit d'un acte terroriste il y aurait eu certainement un black out sur toutes ces images.


Sur cette vue, on distingue l'entrée d'une courée à côté de la maison portant le n°17. Elle est surmontée d'une petite niche qui recevait une statue censée protéger les habitants. Dans la liste des courées, on note des victimes pour trois d'entre elles : la cour des pêcheurs, la cour Mathurin et l'impasse moderne.


Ce cliché montre les allemands occupés au déblaiement des immeubles ravagés, rue de Ronchin. Le chargement de la charrette, composé de débris divers dont des matelas, est destiné aux occupants qu'il faut reloger. Les petits commerces à droite sont complètement dévastées.  Sur les photographies postérieures on découvre leurs devantures obstruées par des planches.  Aux difficultés de la guerre s'ajoutaient maintenant pour de nombreuses personnes la perte de leur logement et de leur moyen de subsistance.


Un officier allemand F. Kaiser a exécuté une série de dessins retrouvés dans un carnet, parmi ceux-ci ce croquis de l'explosion des 18 ponts à Lille en 1916, annoté : " Aussicht vom Sprengtrichter nach der Explosion ", ce qui signifie " Vue du cratère après l'explosion ". © Archives privées


Cette photographie donne une image de désolation et de compassion. On est surpris de voir les civils comtemplant les ruines au milieu des soldats allemands. Au premier plan des femmes déjà vêtues de noir viennent se recueillir dans les décombres de ce que fut un lieu de vie.


Cette photographie, retrouvée en Allemagne, a été prise à proximité de la rue Desaix. Un soldat germanique, posté en faction, surveille les quelques rares débris. Il faut empêcher le pillage, ou plutôt dirions nous la récupération d'objets dérisoires mais devenus essentiels dans un pays ravagé par la guerre. Ces vues tournées vers la campagne, nous montrent des détails (même lointains) des bastions : talus, traverses etc.

On se trouve ici sur l'emplacement de l'ancien Arsenal qui, en vue directe du bastion et dans l'axe de l'explosion, a été complètement soufflé. Comme il n'y a plus rien à voir, les photographes se sont plutôt intéressés à immortaliser à l'opposé, les dégâts en ville, mais qui ne nous renseignent pas sur la configuration même des lieux de l'explosion. Ces photos orientées vers le sud-est sont bien plus rares.


À l'angle des rues de Ronchin et Alain de Lille


À l'angle des rues de Ronchin et Trévise


La rue Desaix après l'explosion

Le quartier avant l'explosion



Un hommage


Un article de Franck Bazin publié dans la Voix du Nord 
à l'occasion du centenaire de cette catastrophe

Ce dimanche 10, pour la première fois depuis 1929 et à l’occasion du centenaire de la catastrophe, la Ville de Lille va rendre hommage aux 140 morts, essentiellement civils, de l’explosion d’un arsenal allemand.

Lille

11 janvier 1916, 3 h 30 du matin : « La puissance de la déflagration de l’air dépassa tout ce que l’on peut concevoir. Un véritable cratère s’était soudainement ouvert et des cités ouvrières avoisinantes y furent englouties. Des blocs de pierre d’un poids excédant mille kilos furent rejetés jusqu’à la place Jeanne-d’Arc distante d’environ 1 500 mètres. » Ce témoignage de Jean Lorédan est repris par Alain Cadet dans son ouvrage, L’Explosion des Dix-huit Ponts, un AZF lillois en janvier 1916.

Des dégâts hallucinants

La catastrophe lilloise offre des similitudes avec le drame toulousain : de nombreuses victimes (140 morts, plus de 400 blessés), des dégâts hallucinants (738 maisons et 21 usines rasées)... et le fulmicoton, un explosif instable. Le bastion en contenait une quantité importante et AZF était installé sur un ancien site de production.

La naissance du secourisme

C’est la pire catastrophe civile lilloise du XXe siècle. De nombreux civils s’étaient mobilisés pour aider pompiers et militaires, donnant naissance au mouvement secouriste français. Ces secouristes se sont retrouvés en 1966 pour les 50 ans du drame. Mais il n’y a pas eu de cérémonie officielle depuis 1929 et l’inauguration d’une stèle, à l’angle des rues de Maubeuge et de Valenciennes, site de la catastrophe. La manifestation de ce dimanche 10 janvier, à 10 h, sortira un moment les victimes de l’oubli.


Sources et remerciements

De nombreux documents proviennent de nos propres recherches, certains de collections privées ou d'archives comme les ADN (Archives départementales du Nord) ou le musée des Canonniers de Lille. Une mention toute particulière à Jean Caniot, Jean-Pierre Van Godtsenhoven, Alain Cadet et Guy Selosse pour leur contribution.

Pour en savoir plus, un ouvrage écrit par Alain Cadet, disponible depuis le 5 décembre 2015.



Le dimanche 10 janvier 2016 lors des manifestations du centenaire, ci-dessus, de gauche à droite, Guy Selosse, l'éditeur Frédéric Lépinay et l'auteur Alain Cadet. 


Ci-dessus, à droite Jean Caniot 
et ci-dessous, à droite Jean-Pierre Van Godtsenhoven.



La conférence au Forum de la Châtellenie de Lille
à Quesnoy-sur-Deûle le dimanche 3 avril 2016


Jean-Pierre Godtsenhoven, du Groupe Mémoire de Lille-Moulins : L'explosion des 18 Ponts à Lille.




Un article paru dans la Voix du Nord le dimanche 31 juillet 2022




Un quartier, une histoire : l’explosion des 18-Ponts raye Moulins de la carte  

PAR FRÉDÉRICK LECLUYSE

 

11 janvier 1916. L’explosion du dépôt de munitions allemand a soufflé le quartier Moulins, tuant plus de cent civils. Un drame épouvantable qui a marqué l’histoire.


Nouvel épisode de notre série d’été et direction Moulins avec l’un des faits divers les plus terribles de la Première Guerre mondiale. Le 11 janvier 1916, un dépôt de munitions de l’armée allemande explose et rase littéralement une partie de Lille. 

   

MOULINS.


Il est 3 h 30, cette nuit-là, lorsqu’un gigantesque rayon jaune balafre le ciel lillois. Le dépôt de munitions des 18-Ponts vient d’être soufflé par une explosion d’une intensité jamais vue. Au petit matin, le paysage est lunaire. Le quartier Moulins a disparu de la carte de Lille. Situé en bordure du boulevard de Belfort, ce bastion était alors composé d’un ensemble de casemates voûtées servant de poudrière à l’armée allemande. Il avait la forme de 18 arches sur deux niveaux, reposait sur de profonds souterrains et abritait le matériel du 1er corps d’armée dont 500 tonnes de mélinite. Il n’en reste rien. La déflagration laisse, en effet, un cratère de 150 mètres de diamètre et d’une trentaine de profondeur.


Les mêmes causes de Lille à Beyrouth en passant par Toulouse ? 


UNE CENTAINE DE MORTS


L’onde de choc a été entendue jusqu’à Breda, aux Pays-Bas. À Lille, le pire est à venir : on dénombrera, en effet, 108 morts parmi les civils et 30 décès chez les soldats allemands. Les hôpitaux accueillent 400 blessés. Près de 750 maisons et 21 usines ont aussi été détruites. Les gazettes notent que l’explosion a même propulsé un morceau de pierre dans le jardin d’Hippolyte Lefebvre. Le sculpteur lillois l’aurait utilisé pour le monument érigé à la mémoire des victimes, rue de Maubeuge. Des familles entières ont été anéanties.


On s’est longuement interrogé sur l’origine de cette catastrophe meurtrière. La thèse criminelle, développée par l’occupant, fut rapidement balayée. « Les Allemands ne pouvaient reconnaître publiquement une cause accidentelle », notent les historiens. Qui observent, en outre, qu’aucune mesure de rétorsion n’a eu lieu après le drame. La thèse d’une bombe lâchée par un avion britannique a aussi été définitivement écartée. « Les possibilités techniques de l’époque ne le permettaient pas. »


L’hypothèse la plus probable reste, par conséquent, celle de l’accident. Et, comme à Toulouse, avec l’usine AZF, et à Beyrouth, avec le nitrate d’ammonium de l’entrepôt du port de la capitale libanaise, le stock de mélinite semble manifestement au cœur de l’explosion des 18-Ponts. Des expertises sur le souffle de ces explosions paraissent corroborer cette piste. Elles auront, en tout cas, tué de Lille, en 1916, à Toulouse en 2001 et au Liban vingt ans après. C’est aussi l’objet d’un livre très pertinent (1) publié en 2015 par le Lillois Alain Cadet.


1. « L’explosion des 18-Ponts, un AZF lillois », aux éditions Les Lumières de Lille.