La mélinite est à l'origine d'une explosion considérable qui a eu lieu à Lille pendant la première guerre mondiale. Voir un diaporama en cliquant ici
Voir ces documents à la page 22 de la brochure éditée par l'association Eugénies à l'occasion de l'exposition au Fort de Mons-en-Barœul : Le centenaire de la guerre 1914 - 1918 à Mons-en-Barœul, écrit par Jacques Desbarbieux et Guy Selosse. Contact ici.
Intégré aux fortifications, le bastion des 18 ponts était situé le long du Boulevard de Belfort, à proximité de l'emplacement actuel de l'hôpital Saint Vincent, dans le quartier de Moulins. Ce bastion des fortifications de la ville était composé d’un ensemble de casemates voûtées servant de poudrière. Il était fait de 18 arches (d’où son nom) en plein cintre sur 2 étages et de profonds souterrains protégés par de solides voûtes recouvertes d’un épais remblai. Le 1er corps de l'armée allemande y avait entreposé son matériel dont des munitions et des explosifs.
L’explosion a laissé un immense cratère de 150 mètres de diamètre et d’une trentaine de mètres de profondeur (photo ci-contre). Tout le quartier de Moulins est détruit. Les rues de Ronchin, Desaix, Kellermann, de Trévise, ainsi que les boulevards de la Moselle et de Belfort ont particulièrement souffert. Deux rues ont totalement disparues. Voici un extrait du Bulletin de Lille :
L’occupant déplore officiellement 30 morts, le chiffre exact était sans doute nettement plus important, mais non avoué pour des raisons de propagande.
Ce bilan a été controversé pendant un siècle jusqu'à des travaux récents. Le Bulletin de Lille du 27 janvier 1916 (le seul journal autorisé à paraître durant l'Occupation) fait état de 104 décès parmi la population de Moulins. Mais, parmi les blessés qui ne sont pas loin d'un demi-millier, de nombreuses personnes vont décéder à leur tour des suites de leurs blessures. La victime collatérale la plus connue de la catastrophe des « Dix-huit-Ponts », est sans doute Jules Gosselet, professeur de l'Université des Sciences.
Il est mort d'une pneumonie en tentant de sauver sa prestigieuse collection de géologie, mise à mal par l'explosion de la verrière du bâtiment universitaire. Il est sans doute arrivé que certains habitants du quartier ont été enterrés dans les communes voisines ayant pu ainsi échapper au recensement de la Ville. Mais, aucune polémique ne s'est développée à propos des victimes civiles de la catastrophe.
En revanche, les spéculations ont été bon train, pendant presque un siècle sur le nombre de morts dans les rangs allemands. Côté français, l'opinion dominante laissait croire que l'armée allemande avait sous-estimé le nombre de victimes dans un but de propagande.
Eugène Martin-Mamy, journaliste lillois et témoin de l'évènement écrit : « Le nombre de leurs hommes ensevelis sous les décombres n'est pas exactement connu. Il ne le sera jamais. L'autorité militaire ne voudra pas atténuer notre tristesse en nous faisant savoir le nombre de ses morts. » L'abbé Demarchelier, le curé de la paroisse écrit pour sa part, le 11 janvier 1916 : « Un des vicaires de Moulins que j'ai rencontré me dit que lorsqu'il a entendu le coup, il s'est rendu sur les lieux de la catastrophe. Il est allé vers l'arsenal qui était tout en feu. En une heure, tout était calciné. Il a vu une cinquantaine de cadavres d'Allemands alignés et carbonisés ; mais il est probable qu'il y en a davantage qui ont trouvé la mort ».
Cette vérité historique provisoire est démentie par les Archives de l'Armée bavaroise où l'on trouve une liste de 23 noms et par le carré militaire allemand du cimetière du Sud où l'on dénombre 22 tombes. A partir de quelques documents découverts récemment on peut avancer sans trop de risque d'erreur, 23 militaires décédés dans l'explosion, dont 22 ont été enterrés à Lille.
Les victimes dans le Bulletin de Lille et les archives bavaroises
Le maire de Lille, Charles Delesalle, a fixé le jour et l'heure des obsèques des victimes civiles au samedi 15 janvier à 11h30. Devant l'église, attendent quatre-vingt-neuf cercueils. Certaines familles ont choisi d'autre communes pour accompagner leur défunt. Il était prévu que la cérémonie se déroule à l'église Saint-Vincent-de-Paul. Celle-ci étant trop petite pour contenir l'immense foule qui avait convergé vers Moulins, c'est sur le parvis, place Déliot, que sera dite la messe. A l'issue de la procession du convoi vers le cimetière Sud, on parvient à l'endroit où avaient été creusées deux longues fosses. Les autorités allemandes étant présentes, côté français on avait décidé de ne prononcer aucun discours. Ce fut une cérémonie réduite à sa plus simple expression mais empreinte d'une grande émotion.
L'enterrement des soldats allemands aura lieu trois jours plus tard, le 18 janvier 1916. Le convoi démarre de l'hôpital Saint-Sauveur, le plus proche des lieux de la catastrophe où les corps des victimes ont été entreposés. Après une cérémonie militaire en l'honneur des défunts, le convoi s'ébranle en direction du même cimetière Sud où sont enterrés les victimes civiles. Il est interdit à la population de se masser le long du parcours et encore plus de photographier la cérémonie. La grande majorité des soldats ensevelis, si loin de leur patrie, appartient au 19° régiment du train bavarois, celui-là même qui gérait l'entrepôt. Tous les officiers de hauts rangs, en poste à Lille, assistent à ce dernier hommage.
Les victimes civiles
Liste par ordre alphabétique (104 noms) :
1 Victor ALBERTE
2 Marie Antoinette ANTIGNAC
3 Jean ANTIGNAC
4 Maurice François ARDIES
5 Marie Agathe Clémentine ARNOULD
6 Céline Marie Zénobie BAROUX
7 Jeanne Henriette BASSÉ
8 Jeanne Augustine BAUX épouse DUBUS
9 Elize Adélaïde BÉHAGUE
10 Sophie Augustine BOMME
11 Madeleine Eugénie BOSMAN
12 Eugénie BOUDAILLIEZ épouse
13 Berthe Marie Eugénie BRICOUT
14 Madeleine Agnès Simonne BRICOUT
15 Maria CARETTE
16 Rosalie Catherine COHEN
17 Sophie Julie CORDIER
18 Eléonore Sophie DASSONNEVILLE
19 Henriette Léonie DASSONNEVILLE
20 Valentine Maria DASSONNEVILLE
21 Fernand Cajétan DASSONNEVILLE
22 Julienne Marie DE LOOSE
23 Adèle Pauline DECALONNE épouse DESPLANQUE
24 Eva DE LANGHE
25 Marthe DELCOURT
26 Gustave Emile DELCOURT
27 Marguerite Marie DELGATTE
28 Sylvie Louise Clotilde DELGATTE
29 Hélène Marguerite DÉMOULIN
30 Gustave Henri DEPIN
31 Louis François DEPIN
32 Félicie Joseph DERAMBURE
33 Zulma DEROO
34 Marie Joséphine DEROOSE
35 Irène Marie Madeleine DESPLANQUE
36 Pauline DESVOCHELLE
37 Eugénie Elise DEWEVER
38 Victor Emile DEWEVER
39 Angèle Eléonore Bienvenue DRAMAIX
40 Louis Antoine DRAMAIX
41 Emile Louis DUBUS
42 Maurice Henri Jules DUCARIN
43 Fernande Philomène DUROT
44 Henri DUTOIT
45 Victor FRANÇOIS
46 Victor Hippolyte FRANÇOIS
47 Louise GABILLON épouse ANTIGNAC
48 Eugénie GEIRNAERT
49 André François GEIRNAERT
50 Marie GÉNUS
51 Joséphine GERNEZ
52 Germaine HENDOUX
53 Marie Thérèse HERMANS
54 Zulmée Julie HERNECQ
55 François Jean Baptiste Joseph JUSSIANT
56 Marie Aimée KNECHT
57 Hélène Félicie KOKEL
58 Zélia LABBE
59 Eloïse Marie LECLERCQ épouse ALBERTE
60 Joséphine Coralie LELIAERT
61 Justine Marie LEPRÊTRE
62 Eugénie Stéphanie Euphrasie LOONES
63 Louise Léonie Elise MAILLET
64 Charles Alfred MAITREPIERRE
65 Jeanne Fany Fernande MARESCAUX
66 Germaine Marie MARTIN
67 Denise MAYER
68 Madeleine MAYER
69 Arthur Emile MAYER
70 Louise MENU
71 Aimé Alexandre “Lucien” MINNE
72 Honeste Martial MOREL
73 Pierre Joseph MOREL
74 Blanche NONNON
75 Hélène Flore ONOF
76 Jeanne Charlotte ONOF
77 Maurice Arthur PECQUEUX
78 Marie Sidonie PEDE
79 Marcel René PLET
80 Marie Louise PRÉVOT
81 Emma Marie PROVOOST épouse
82 Georgette Mariette ROCH
83 Fernand Maurice ROCH
84 Eugène Louis ROCH
85 Henri Louis ROGEAU
86 Alfred Louis ROUSSIAU
87 Blanche ROUZÉ
88 Jean Victor ROUZÉ
89 Victor Augustin ROUZÉ
90 Maria Catherine SCHIETECATTE
91 Marie Constantine STIENNE
92 Ernestine Irma TANGHE
93 Florine Louise TANGHE
94 Ernest Louis TANGHE
95 Adélaïde Adolphine VAN CALSTER
96 Zélina Constance VAN DEN BOSSCHE
97 Céline Anaïse VANDAELE épouse BAZIN
98 Hippolyte Charles VANDERLINDEN
99 Cécile Emilienne VERDIÈRE
100 Germaine Clémence VERKERKE épouse DE WILDE
101 Emile VERHEEKE
102 Victorine Marie VERMARCKE épouse ROUHART
103 Camille VERMINCK
104 Paul Edouard VIGREUX
Liste détaillée, par familles (104 noms) :
Victor ALBERTE (1), 51 ans et sa femme Eloïse Marie LECLERCQ (59), 50 ans
Jean ANTIGNAC (3), 53 ans, armurier et concierge à l’Arsenal, et sa femme Louise GABILLON (47), 48 ans
Marie Antoinette ANTIGNAC (2) leur fille, 26 ans, ménagère
Maurice François ARDIES (4), 11 ans
Marie Agathe Clémentine ARNOULD (5) épouse ROTH, 49 ans
Céline Marie Zénobie BAROUX (6), 48 ans
Jeanne Henriette BASSÉ (7), 14 ans
Jeanne Augustine BAUX épouse DUBUS (8), 36 ans, étireuse, cabaretière
son fils Emile Louis DUBUS (41), 13 ans
Elize Adélaïde BÉHAGUE veuve MENU (9), 76 ans
sa fille Louise MENU (70), 43 ans, avec son mari Victor Emile DEWEVER (38), 48 ans, machiniste
leur fille Eugénie Elise DEWEVER (37), 22 ans
Sophie Augustine BOMME (10), 19 ans, rattacheuse
Madeleine Eugénie BOSMAN (11), 11 ans
Maria CARETTE (15), 24 ans
Sophie Julie CORDIER (17), 48 ans, dévideuse
Fernand Cajétan DASSONNEVILLE (21), 53 ans, serrurier et sa femme Justine Marie LEPRÊTRE (61), 48 ans
leurs filles Eléonore Sophie DASSONNEVILLE (18), 8 ans, Henriette Léonie DASSONNEVILLE (19), 10 ans et Valentine Maria DASSONNEVILLE (20), 16 ans, ménagère
Julienne Marie DE LOOSE (22), 36 ans, couturière
Adèle Pauline DECALONNE épouse DESPLANQUE (23), 24 ans, lingère
sa fille Irène Marie Madeleine DESPLANQUE (35), 12 mois
Marthe DELCOURT (25), 17 ans, assembleuse
Gustave Emile DELCOURT (26), 41 ans, employé et sa femme Eva DE LANGHE (24), 34 ans, ménagère
Hélène Marguerite DÉMOULIN (29), 16 mois
Louis François DEPIN (31), 43 ans, journalier et sa femme Marie GÉNUS (50), 45 ans
leur fils Gustave Henri DEPIN (30), 3 ans
Félicie Joseph DERAMBURE veuve CATEZ (32), 80 ans
Zulma DEROO (33), 33 ans
Marie Joséphine DEROOSE (34), 31 ans
Pauline DESVOCHELLE (36), 44 ans
Louis Antoine DRAMAIX (40), 70 ans, emballeur
et sa fille Angèle Eléonore Bienvenue DRAMAIX (39), 42 ans
Maurice Henri Jules DUCARIN (42), 15 ans
Fernande Philomène DUROT épouse PECQUEUX (43), 27 ans, étaleuse
Henri DUTOIT (44), veuf PARIS, 64 ans, ferblantier
Victor FRANÇOIS (45), 60 ans, employé de l’octroi et sa femme Rosalie Catherine COHEN (16), 59 ans, dévideuse de coton
leur petit-fils Victor Hippolyte FRANÇOIS (46), 10 ans
Eugénie GEIRNAERT (48), 20 ans, ménagère
son neveu André François GEIRNAERT (49), 2 ans
Joséphine GERNEZ épouse DELVIGNE (51), 44 ans
Germaine HENDOUX (52), 11 ans
Marie Thérèse HERMANS, veuve BOEDRIE (53), 82 ans, couturière
Zulmée Julie HERNECQ, épouse DUFRESNOY (54), 62 ans, couturière
François Jean Baptiste Joseph JUSSIANT époux COSQUER (55), 67 ans, tailleur d’habits
son petit-fils Ernest Camille VERMYNCK (102), 15 ans, dessinateur
Marie Aimée KNECHT épouse ONOF (56), 64 ans, continueuse au coton
ses filles Hélène Flore ONOF (75), 36 ans, et Jeanne Charlotte ONOF épouse BEELAERT (76), 38 ans, couturière
Zélia LABBÉ épouse DEBRAS (58), 61 ans, couseuse
Joséphine Coralie LELIAERT épouse COGET (60), 56 ans, tailleuse
Eugénie Stéphanie Euphrasie LOONES épouse BRICOUT (62), 49 ans, ménagère
ses filles Madeleine Agnès Simonne BRICOURT (14), 10 ans et Berthe Marie Eugénie BRICOURT (13), 12 ans
Louise Léonie Elise MAILLET épouse DAUSSY (63), 24 ans, varouleuse
Charles Alfred MAITREPIERRE (64), 3 ans
Jeanne Fany Fernande MARESCAUX (65), 18 ans, couturière
Germaine Marie MARTIN (66), 24 ans, ménagère
Lucien MINNE (71), 43 ans, camionneur et sa femme Hélène Félicie KOKEL (57), 43 ans
Honeste Martial MOREL (72), 58 ans, voyageur de commerce
Pierre Joseph MOREL époux VILLETTE (73), 73 ans, veilleur de nuit
Blanche NONNON épouse MAYER (74), 23 ans
ses enfants Denise MAYER (67), 14 ans, Madeleine MAYER (68), 9 ans et Arthur Emile MAYER (69), 7 ans
Marie Sidonie PEDE épouse DEBUY (78), 70 ans, étirageuse
Marcel René PLET (79), 2 ans
Marie Louise PRÉVOT épouse DUCANCHEZ (80), 39 ans
Eugène Louis ROCH (84), 54 ans, papetier et sa femme Adélaïde Adolphine VAN CALSTER (95), 54 ans
leurs enfants Georgette Mariette ROCH (82), 16 ans et Fernand Maurice ROCH (83), 13 ans
Henri Louis ROGEAU (85), 32 ans, cordonnier
Alfred Louis ROUSSIAU époux TOURNANT (86), 69 ans
Victor Augustin ROUZÉ (89), 64 ans, emballeur de chicorée et sa femme Eugénie BOUDAILLIEZ (12), 49 ans
leurs enfants Jean Victor ROUZE (88), 19 ans et Blanche (87), 13 ans
Maria Catherine SCHIETECATTE épouse PECQUEUX (90), 49 ans, pelotonneuse
son fils Maurice Arthur PECQUEUX (77), 15 ans, tourneur en fer
Marie Constantine STIENNE épouse LARUE (91), 43 ans, mécanicienne
Ernest Louis TANGHE (94), 52 ans, tailleur d’habits et sa femme Emma Marie PROVOOST (81), 52 ans
et ses filles Ernestine Irma TANGHE (92), 15 ans et Florine Louise TANGHE (93), 13 ans
Zélina Constance VAN DEN BOSSCHE, veuve DELGATTE (96), 72 ans
ses filles Marguerite Marie DELGATTE (27), 28 ans et Sylvie Louise Clotilde DELGATTE (28), 36 ans, ménagères
Céline Anaïse VANDAELE épouse BAZIN (97), 23 ans, dévideuse
Hippolyte Charles VANDERLINDEN (98), 15 ans, journalier
Cécile Emilienne VERDIÈRE (99), 19 ans, dévideuse
Germaine Clémence VERKERKE épouse DE WILDE (100), 25 ans, fileuse
Emile VERHEEKE (101), 5 ans
Victorine Marie VERMARCKE épouse ROUHART (102), 39 ans, canetière
Camille VERMINCK (103)
Paul Edouard VIGREUX (104), 3 ans
Un témoignage
" Ma mère, née en 1911, dormait au premier étage dans une courée. Elle a été retrouvée 48h plus tard sous les décombres, protégée par son matelas. Elle a été traumatisée pour le reste de sa vie ". Roland Lhomme le 28 décembre 2020
La municipalité a reçu des ordres de protéger, la propriété privée dans la partie détruite de la ville et d'y exercer la surveillance pour éviter les vols dans les habitations éventrées, comme on pouvait le constater après les bombardements de l'artillerie. (photo ci-contre).
Un siècle après cette explosion, les causes ne sont pas toujours pas connues précisément. On a parlé d’un attentat, sans preuve, d’une bombe lancée par un avion anglais, mais personne n’a entendu le bruit d’un moteur. Plus vraisemblablement, il doit s’agir d’une détonation spontanée d’explosifs de mauvaise qualité et instables. Toutefois une autre hypothèse évoque un obus de l'artillerie à longue portée britannique qui visaient les 500 tonnes de mélinite arrivées quelques jours plus tôt. L'origine criminelle fut bien sûr la thèse allemande, qui ne pouvait accepter en public une cause accidentelle.
L'hypothèse du sabotage
La théorie d'une destruction dirigée
En 1916, l'aviation à usage militaire est plus que confidentielle. Son utilisation ne sert pratiquement que pour du repérage. Regardez les affiches de la mobilisation en 1914, elles ne concernent que les armées de terre et de mer, l'armée de l'air n'existe pas. Un bombardement à partir d'un avion est plus qu'improbable compte tenu des possibilités techniques de l'époque. C'est seulement à partir de 1917 qu'on assiste aux premiers lâchers de bombes depuis un plus lourd que l'air, et encore de façon assez artisanale. De plus un bombardement de nuit ne peut même pas s'envisager.
C'est différent si l'on envisage des tirs d'artillerie depuis les lignes anglaises. Nous l'avons évoqué plus haut, six jours avant l'explosion, des tirs d'artillerie ont eu lieu vers la gare Saint-Sauveur, pour tenter de détruire un train de munitions destiné au dépôt des 18 ponts. Les obus sont tombés dans la gare, rue de Cambrai et rue Danton. À la suite de cette canonnade, le train a été rapidement dirigé vers la poudrière. Comme les allemands avaient minimisé les possibilités de l'artillerie anglaise lors de la récente canonnade du 5 janvier, ils leur été difficile de se déjuger.
De nombreuses explosions ont eu lieu dans les poudrières allemandes fin 1915 et en 1916, en raison de l'instabilité de la mélinite utilisée, d'après une note confidentielle de l'armée allemande.
Block out des Allemands quant au nombre de soldats tués ; officiellement, une trentaine. Certains historiens mettent aujourd'hui en parallèle ce fait divers avec l'explosion de l'usine AZF de Toulouse, détruite le 21 septembre 2001 par l'explosion d'un stock de nitrate d'ammonium, ce qui entraîna la mort de 31 personnes.
Ce que l'on sait, c'est que les allemands mettaient leur caisses de mélinite sous l'eau, en raison du risque explosif mal maîtrisé. Ce n'était pas le cas au bastion des 18 ponts. Ils ne le feront qu'après l'explosion du 11 janvier 1916. Certains habitants du quartier s'étaient d'ailleurs inquiétés, à juste titre, de l'existence de ce dépôt à proximité d'une zone très peuplée.
Un effet de souffle
Monseigneur Charost, évêque de Lille, entouré du chapitre de sa cathédrale, et du clergé de toutes les paroisses de Lille, a, du haut du perron de l'église, chanté les prières des morts, auxquelles les chœurs paroissiaux ont répondu, et a parcouru la place, pour donner l'absoute.
Voir les clichés du musée des canonniers
Un quartier, une histoire : l’explosion des 18-Ponts raye Moulins de la carte
PAR FRÉDÉRICK LECLUYSE
11 janvier 1916. L’explosion du dépôt de munitions allemand a soufflé le quartier Moulins, tuant plus de cent civils. Un drame épouvantable qui a marqué l’histoire.
Nouvel épisode de notre série d’été et direction Moulins avec l’un des faits divers les plus terribles de la Première Guerre mondiale. Le 11 janvier 1916, un dépôt de munitions de l’armée allemande explose et rase littéralement une partie de Lille.
MOULINS.
Il est 3 h 30, cette nuit-là, lorsqu’un gigantesque rayon jaune balafre le ciel lillois. Le dépôt de munitions des 18-Ponts vient d’être soufflé par une explosion d’une intensité jamais vue. Au petit matin, le paysage est lunaire. Le quartier Moulins a disparu de la carte de Lille. Situé en bordure du boulevard de Belfort, ce bastion était alors composé d’un ensemble de casemates voûtées servant de poudrière à l’armée allemande. Il avait la forme de 18 arches sur deux niveaux, reposait sur de profonds souterrains et abritait le matériel du 1er corps d’armée dont 500 tonnes de mélinite. Il n’en reste rien. La déflagration laisse, en effet, un cratère de 150 mètres de diamètre et d’une trentaine de profondeur.
Les mêmes causes de Lille à Beyrouth en passant par Toulouse ?
UNE CENTAINE DE MORTS
L’onde de choc a été entendue jusqu’à Breda, aux Pays-Bas. À Lille, le pire est à venir : on dénombrera, en effet, 108 morts parmi les civils et 30 décès chez les soldats allemands. Les hôpitaux accueillent 400 blessés. Près de 750 maisons et 21 usines ont aussi été détruites. Les gazettes notent que l’explosion a même propulsé un morceau de pierre dans le jardin d’Hippolyte Lefebvre. Le sculpteur lillois l’aurait utilisé pour le monument érigé à la mémoire des victimes, rue de Maubeuge. Des familles entières ont été anéanties.
On s’est longuement interrogé sur l’origine de cette catastrophe meurtrière. La thèse criminelle, développée par l’occupant, fut rapidement balayée. « Les Allemands ne pouvaient reconnaître publiquement une cause accidentelle », notent les historiens. Qui observent, en outre, qu’aucune mesure de rétorsion n’a eu lieu après le drame. La thèse d’une bombe lâchée par un avion britannique a aussi été définitivement écartée. « Les possibilités techniques de l’époque ne le permettaient pas. »
L’hypothèse la plus probable reste, par conséquent, celle de l’accident. Et, comme à Toulouse, avec l’usine AZF, et à Beyrouth, avec le nitrate d’ammonium de l’entrepôt du port de la capitale libanaise, le stock de mélinite semble manifestement au cœur de l’explosion des 18-Ponts. Des expertises sur le souffle de ces explosions paraissent corroborer cette piste. Elles auront, en tout cas, tué de Lille, en 1916, à Toulouse en 2001 et au Liban vingt ans après. C’est aussi l’objet d’un livre très pertinent (1) publié en 2015 par le Lillois Alain Cadet.
1. « L’explosion des 18-Ponts, un AZF lillois », aux éditions Les Lumières de Lille.










































































