
Cette gravure a été publié en dernière page du " Petit Journal " le samedi 21 janvier 1893, dans le numéro 113.
RECOMPENSE NATIONALE
Monsieur Eugène Turpin, l'inventeur de la mélinite, dans sa prison.
Accusé à tort d'avoir vendu son invention à la firme anglaise Armstrong et aux allemands, il avait surtout le tort de ne pas être Polytechnicien ou Ingénieur des Mines. Beaucoup ne lui pardonnait pas cette découverte, et se l'était même attribué !
Accusé à tort d'avoir vendu son invention à la firme anglaise Armstrong et aux allemands, il avait surtout le tort de ne pas être Polytechnicien ou Ingénieur des Mines. Beaucoup ne lui pardonnait pas cette découverte, et se l'était même attribué !
C’est grâce à une campagne d’opinion menée par " Le Petit
Journal ", le quotidien le plus vendu au monde à cette époque, qu’il sera
finalement libéré, réhabilité et récompensé.
La prison d'Etampes
La promenade des détenus à la prison d'Etampes
« Au moment où, après sa condamnation, M. Baïhaut était
transféré à la prison d’Étampes, un fonctionnaire de l’administration chargé de
la surveillance de ce prisonnier de marque causait à voix basse, à quelques pas
du wagon où l’ancien ministre était monté, avec un des orateurs les plus
écoutés de la Chambre.
— Mais oui, cher monsieur, disait le fonctionnaire, un salon,
un vrai salon, cette prison d’Étampes. Songez donc ! J’ai Turpin, j’ai Triponé,
j’ai Le Guay. J’emmène Baïhaut et j’attends de Lesseps. Où trouverez-vous une
société plus… choisie ?
— Voilà des gens qui ne doivent pas aimer à se rencontrer
ensemble.
— Mais ils ne se rencontrent jamais.
— Cependant, aux heures de la promenade dans les préaux ?
— Ils ne se rencontrent pas ; le service est organisé pour
cela. Et se rencontreraient-ils, ils ne se reconnaîtraient pas !
— Ils ont donc bien changé !
— Non, mais ils ont un masque sur la figure.
— Un masque ? Des prisonniers masqués ?
« L’administration a autorisé les détenus à se couvrir la
tête d’une sorte de capuchon pour aller de leur cellule à leur préau. Ce capuchon
est fixé au collet du vêtement par une large bande de toile blanche. Il est
d’une ampleur telle qu’il peut, au gré du détenu, ou s’abaisser de façon à
couvrir le visage en entier, ou se rejeter en arrière en dégageant la tête. Il
est d’une étoffe gris clair, et d’un tissu assez transparent pour permettre à
celui qui le porte de distinguer les objets qui l’entourent tout en le dérobant
aux regards de ceux qui voudraient distinguer ses traits. » Source : Journal
l’Illustration du 15 avril 1893.